Interview de François Marcela-Froideval

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Voici l’intégralité de l’interview de François Marcela-Froideval publiée dans notre n°5, publié à l'occasion de la sortie du 14e et dernier tome des Chroniques de la Lune Noire, BD inspirée de Donjons et Dragons.


Mon nom est Ninievre et je suis une fée aux grandes ailes violettes dans le jeu online Everquest 2. Et il se trouve qu'un beau matin j'ai réalisé que j'étais dans la même guilde qu'un grand ancien du jeu de rôle, à savoir François Marcela-Froideval. Lui ne le savait pas, mais on avait au moins un point commun : pendant de nombreuses années, j'ai entretenu une correspondance épistolaire avec Gary Gygax, qui n'était autre qu'un de ses meilleurs amis. Gary  me parlait souvent d'ailleurs de lui en ces termes :" my  good friend François ». Avec la mort de Gary, je me dis alors qu'il serait bon que je profite de ce coup du destin m'ayant mis en relation directe avec François pour éclaircir les zones d'ombre existantes entre ces deux personnes. Et je remercie François pour s'être prêté au jeu et avoir accepté une interview en deux parties : l'une concernant son oeuvre majeure (les Chroniques de la Lune Noire), et l'autre se penchant sur son parcours général et ses rencontres avec notre bon vieux Gary (Que nous reprendrons dans notre numéro 7).

 

Ninievre : Comment est venue l'idée des Chroniques en format BD ? 

François Marcela-Froideval : Eh bien j'avais déjà tout l'univers en tête ; avant la bande dessinée j'aimais écrire des nouvelles ou bien des ébauches de romans. Aux États-Unis, j'avais écrit deux chapitres de ce qui devait être le roman des Chroniques de la Lune Noire. Malheureusement je perdis mes disquettes de sauvegarde. N'ayant pas le courage pour tout retaper, j'envisageais alors une version bande dessinée pour partir sur un tout nouveau support. De retour des États-Unis en 1986, je rencontrais le dessinateur Ledroit lors d'une manifestation et il accepta de se lancer dans ce tout nouveau projet. 

N. : En dehors des 14 Chroniques, on compte également la série des Arcanes de la Lune Noire revenant en détail sur deux compagnons de Wismerhill, et la série en trois tomes détaillant l'enfance du Hérault de Methraton, le Serpent. Que peux-tu me dire sur cette dernière série ?

F.M.F : Les trois tomes de Methraton se situent environ 30 années avant les Chroniques. Et ils ne couvrent que l'enfance du Hérault, que l'on appelle le Serpent. C'est l'un de mes personnages préférés, il reste encore beaucoup de choses à dire sur ses mystères.

N. : Oui, je crois savoir que le Serpent est l'un de tes protagonistes préférés car c'est tout simplement un de tes perso de donjons et dragons que tu a amené à haut niveau lors de tes campagnes en tant que joueur. Si tu devais choisir les personnages des Chroniques envers qui tu te sens le plus proche, de qui s'agiraient-il ?

F.M.F. : Tout naturellement  Wismerhill et Parsifal qui sont en vérité les deux autres persos (en plus du Serpent) que je jouais le plus en tant que joueur et qui m'ont énormément inspiré.

Suite de l’interview sur notre site jdr-mag.fr

 

 

Article pour le site et le blog, à programmer pour le 1er juillet


Salutations, chers amis rôlistes lecteurs de ce magazine contribuant au renouveau de notre loisir préféré. Mon nom est Ninievre et je suis une fée aux grandes ailes violettes dans le jeu online Everquest 2. Et il se trouve qu'un beau matin j'ai réalisé que j'étais dans la même guilde in-game que le personnage d'un grand ancien du jeu de rôle, à savoir François Marcela-Froideval. J'aurais pu le réaliser avant, l'ayant croisé en caleçon de nombreux matins en train de sautiller en forme illusoire de putois dans notre hall de guilde, déplaçant des pots de bégonias à bout de bras. Lui ne le savait pas, mais on avait au moins un point commun : pendant de nombreuses années, j'ai entretenu une correspondance épistolaire avec Gary Gygax, qui n'était autre qu'un de ses meilleurs amis. Gary  me parlait souvent d'ailleurs de lui en ces termes :" my  good friend François ». Bla-bla-bla. Ou alors : « François va bientôt me rendre visite, et nous allons jouer à Colons de Catane. » Mais il restait la plupart du temps assez réservé sur ses activités partagées avec son ami. Je me suis toujours demandé ce qu'ils aimaient faire ensemble. Mais Gary ne s'étendait pas là-dessus et préférait nous parler de politique ou bien de l'extinction des dinosaures sur sa mailing liste personnelle. Et moi, comme sans doute de nombreux fans de donjons et dragons dans les années 80, j'enviais ce petit frenchie parti au États-Unis et qui participa  à l'écriture de manuels officiels de ce jeu de rôle culte tout en frayant avec la crème du staff de TSR. Avec la mort de Gary, je me dis alors qu'il serait bon que je profite de ce coup du destin m'ayant mis en relation directe avec François pour éclaircir les zones d'ombre existantes entre ces deux personnes. Et je remercie François pour s'être prêté au jeu et avoir accepté une interview en deux parties : l'une concernant son oeuvre majeure (les Chroniques de la Lune Noire), et l'autre se penchant sur son parcours général et ses rencontres avec notre bon vieux Gary.

Ninievre : Comment est venue l'idée des Chroniques en format BD ? 

François Marcela-Froideval : Eh bien j'avais déjà tout l'univers en tête ; avant la bande dessinée j'aimais écrire des nouvelles ou bien des ébauches de romans pour mon compte personnel. Aux États-Unis, j'avais écrit deux chapitres de ce qui devait être le roman des Chroniques de la Lune Noire. Malheureusement je perdis mes disquettes de sauvegarde et tout mon roman fut effacé. N'ayant pas le courage ni l'inspiration pour tout retaper, j'envisageais alors une version bande dessinée pour partir sur un tout nouveau support et faire table rase de l'ancien. De retour des États-Unis en 1986, je rencontrais le dessinateur Ledroit lors d'une manifestation et il accepta de se lancer dans ce tout nouveau projet. Côté édition, mes copains de jeux de rôle (dont un certain Doug Headline) avaient monté une société d'édition appelée Zenda et je pensais naturellement à eux pour lancer les Chroniques de la Lune Noire. Par la suite, Zenda accumula un peu trop de retards dans ses parutions et fut vendu à Glénat. C'est pour cette raison qu'à partir du tome 5 l'éditeur des Chroniques changea pour devenir Dargaud. 

N. : Peux-tu me dire pourquoi Ledroit fut remplacé par Pontet au bout de quelques tomes ? 

F.M.F. : En réalité, Ledroit droit avait envie de se changer les idées et de travailler sur d'autres séries. Il partit donc faire autre chose et connu le succès avec son produit phare Requiem. Je fis passer une sorte de casting pour lui trouver un remplaçant, et Pontet fut engagé, son style se rapprochant de celui de Ledroit. 

N. : En dehors des 14 Chroniques, on compte également la série des Arcanes de la Lune Noire revenant en détail sur deux compagnons de Wismerhill, et la série en trois tomes détaillant l'enfance du Hérault de Methraton , le Serpent. Que peux-tu me dire sur cette dernière série ?

F.M.F : Les trois tomes de Methraton se situent environ 30 années avant les Chroniques. Et ils ne couvrent que l'enfance du Hérault, que l'on appelle le Serpent. C'est l'un de mes personnages préférés et je regrette que cette série parallèle n'ait pas connue autant de succès que les Chroniques, car il reste encore beaucoup de choses à dire sur ce mystérieux personnage.

N. : Oui, je crois savoir que le Serpent est l'un de tes personnages préférés car c'est tout simplement un de tes perso de donjons et dragons que tu a amené à haut niveau lors de tes campagnes en tant que joueur. Si tu devais choisir les personnages des Chroniques envers qui tu te sens le plus proche, de qui s'agiraient-il ?

F.M.F. : Tout naturellement  Wismerhill. et Parsifal qui sont en vérité les deux autres persos ( en plus du Serpent ) que je jouais le plus en tant que joueur et qui m'ont énormément inspiré.

N. : Peux tu nous faire un bref résumé des différents produits dérivés des Chroniques ?

F.M.F. : Alors c'est simple de les compter : il y a eu des figurines éditées par Asmodée, le jeu vidéo de Cryo Interactive, une tentative de jeu online des Canadiens de chez Vircom (qui ont développé la Quatrième Prophétie), les wargames Ave Tenebrae  et Fiefs et Empires, et pour finir une proposition de film qui n'a pas vu le jour car il avait un contenu complètement hors propos avec les Chroniques.

N. : Au cours des 14 tomes, on note un certain nombre de dédicaces assez obscures. Étant curieuse de nature (un trait racial pour une fée), je ne résiste pas à te demander de nous en dire plus sur leur signification.

F.M.F. : Le tome sept est dédicacé à Eric Duchateau, un copain de jeux de rôle décédé depuis. Le tome 10 est dédié à Ishtar, ma petite chienne. Le 11 à Guy Vidal ( le directeur de collection chez Dargaud, également décédé depuis). Le 12 fait référence à ma fille, Ambre. Et enfin le 14 à Gary, qui apparaît aussi sous la forme de l'anagramme  Xygga correspondant au nom du premier dragon des Chroniques.

N.  Maintenant que le cycle des Chroniques est bouclé, aura-t-on droit un jour à une suite ?

F.M.F. : Comme tu le sais, Wismerhill, ses amis ainsi que toute la population en exil du monde des Chroniques franchissent un portail afin d'accéder à un autre monde qui vont leur servir de refuge, à la fin du tome 14. J'avoue être tenté par plusieurs éventualités : concevoir une suite se déroulant sur cette nouvelle planète directement après l'arrivée de ces exilés, ou bien carrément 3000 ans plus tard. Dans ce cas, Wismerhill sera-t-il encore vivant ? Mystère et boule de gomme, quoi qu'il en soit ces possibilités variées excitent beaucoup mon imagination. Je sais d'ailleurs déjà à quoi ressemble la planète qui les recueille, et par quoi cette planète est environnée dans cette nouvelle galaxie.

N. : Qui sera susceptible de réaliser cette suite ?

F.M.F.: La collaboration avec Pontet étant achevée, a priori cela devrait être avec Angleraud, un dessinateur avec qui j'ai déjà réalisé la série Arkhanges et qui est aussi l'auteur graphique de Pile ou Face (un des deux tomes des Arcanes de la Lune Noire) . Mais auparavant, je lui ai confié la tâche de réaliser dans un délai d'un an le tome zéro des Chroniques : l'enfance de Wismerhill.

N. : Autre chose à signaler en dehors d'une suite possible et de ce tome zéro ?

F.M.F. : Oui, je souhaitais aussi réaliser un album dédié à  la succube accompagnant  Wismerhill, mais je ne sais pas si ce projet se fera, car pour l'instant il est un petit peu au point mort, Ledroit n'ayant réalisé que neuf planches. Par contre, Tacito ou est en train de dessiner un tome complet consacré au personnage secondaire Parsifal, qui, comme je l'ai dit plus haut, est l'un de ceux qui me tient le plus à coeur dans la série.

N. : Je te remercie pour ces infos croustillantes à souhait, et pour terminer cet entretien axé sur les Chroniques, je te laisse nous dire quelques mots en guise de conclusion.

F.M.F. : Si je devais résumer ce qui m'a poussé à écrire les Chroniques, je dirais que c'était une envie de conter le destin exceptionnel d'un homme, qui commence tout petit et finit en étant presque le maître du monde. Et ceci tout en réussissant à garder le cap et une certaine dose de liberté, malgré toutes les manipulations dont il a été la victime. J'ai toujours été passionné par les fresques héroïques «larger than life », et par des personnages illustres comme Gengis Khan ou bien Louis XIV, victime de la fronde. Il est clair que la vie de mon voisin qui lit son Télé Star ne m'intéresse pas, et que quand je prends un bouquin je m'attends à m'en prendre plein la tronche en termes de dépaysement et d'évasion. J'ai essayé de suivre les mêmes règles en concevant les Chroniques, en rêvant d'un monde réaliste en proie aux guerres, aux velléités de quelques personnages influents, et dans lequel personne n'est ni blanc et noir ; où chacun a sa part de responsabilité sur le devenir de son existence.
N. : Merci et à bientôt pour la seconde partie de notre entretien