Première fois

Publié le par le joueur

Le prochain JdR Mag sera bien rempli, entre autre avec un gros dossier sur les Ombres d'Esteren, mais aussi avec un gros dossier sur les Jeux de Rôle Grandeur Nature. Si vous ne savez pas ce dont il s'agit, voici l'interview d'une joueuse réalisée il y a quelques années pour GN Mag. Elle  nous parle de sa première fois.

 

- Quelle a été ton impression quand on t'a parlé la première fois de GN ?

 

C’est une amie de lycée qui m’a parlé, pour la première fois, des Jeux de Rôles. À l’époque, j’étais en Terminale. Son grand frère, élève dans une Ecole d’ingénieurs, avait pour projet l’organisation d’un Jeu de Rôles Grandeur Nature, médiéval fantastique à tendance diplomatique. Le principe m’a intriguée et donc je me suis inscrite comme joueuse débutante, avec deux amis. C’est surtout le briefing téléphonique qui m’a motivée. Lorsque j’ai reçu ma fiche de personnage et les règles, j’ai un peu déchanté. Avec le recul, je pense que ce Jeu de Rôles s’adressait surtout à des joueurs expérimentés.

 

- Quel obstacle t'a semblé le plus difficile à franchir : le costume, le jeu d'acteur, les règles, autres ?

 

Concernant les fameuses règles et dans le feu de l’action, je me suis dit que si je voulais m’éclater, il fallait oublier les systèmes de point de vie, les calculs etc., pour me concentrer sur le jeu d’acteur et les objectifs de mon personnage. Pour une débutante comme moi, le plus difficile, c’est le rapport qu’instaure un GN de ce type avec le temps. En réalité, le jeu s’étendait sur trois jours. Difficile d’incarner un personnage trois jours d’affilée ! Par ailleurs, ce qui m’a semblé un peu frustrant, c’est la sensation de voir certains éléments de jeu, parfois essentiels, t’échapper. Quand il y a 200 joueurs sur le même site pendant trois jours, forcément, tu passes à côté de quelque chose et là, tu as l’impression d’avoir été un simple pion sur un échiquier.

Je peux te donner un autre exemple : j’ai participé à la murder « Le monde de demain » organisée par TOPIK . Le contexte de jeu était très précis, l’histoire se déroulait au début des années 20 sous la présidence de Millerand. Je devais incarner une femme d’affaires bisexuelle. J’ai eu un mal fou à dégoter un costume car à cette époque, les femmes en pantalon se faisaient rares et étaient considérées comme des excentriques. La recherche d’un costume adéquat a été assez mouvementée !

 

- Qu'est-ce qui t'a marqué dans l'accueil et la façon de t'initier de la part des organisateurs, des Personnages Non Joueurs et des joueurs expérimentés, en positif ou en négatif ?

 

D’une manière générale, je répondrai, l’ouverture d’esprit, l’enthousiasme, et la passion. En parlant avec des orgas, j’ai toujours eu l’impression de m’adresser à de vrais passionnés. Et je crois que cette passion est communicative. Par contre, je mettrai un bémol sur le comportement de certains joueurs que j’ai pu observer, notamment au cours du GN médiéval fantastique auquel j’avais participé : tu leur donnes une cape et une épée et ils s’imaginent dieu sur terre ! Je pense qu’il y a certains joueurs qui se prennent très au sérieux et qui, du coup, oublient l’essence ludique voire parfois parodique du jeu de rôles. Mais en général, je ne me frotte pas à ce type de joueurs, je préfère les personnes qui gardent un rapport distancié à leur jeu.

 

- Y as-tu appris quelque chose sur toi-même ?

 

Je ne me croyais pas capable de voler un brevet d’invention à ma voisine de table pendant un dîner mondain et puis de filer aux toilettes pour le glisser dans mon pantalon !!

Non, sans rire, je n’ai pas fait suffisamment de jeux de rôles pour dire que le GN m’a appris quelque chose sur moi-même. Pour moi, ça reste un jeu de sociabilité. Parler, aller vers les autres, mentir, négocier, c’est tout ce côté-là qui me plaît. Ce que j’aime aussi, c’est ce rapport ambivalent qu’instaure le jeu, entre la séduction et la méfiance. Pour faire avancer l’histoire et atteindre ses objectifs de jeu, il faut séduire, soutirer de l’information tout en restant vigilant.

 

- Est-ce que cela t'a donné envie d'en jouer d'autres ? d'en organiser toi-même ?

 

Oui, définitivement oui. Je recommencerai l’expérience volontiers. Mais, cela m’a surtout donné envie de m’intéresser de plus près à l’aspect scénaristique. Peut-être qu’un jour, je participerai à l’écriture de fiches de personnages. L’idée me tente bien.

 

- Quels conseils donnerais-tu aux futurs débutants ?

 

Pour celles et ceux qui veulent se lancer, je conseillerais plutôt de commencer par une murder party, une expérience en huis clos en un temps très limité (en général, une soirée). Je ne crois pas qu’un GN qui s’étale sur trois jours avec un scénario alambiqué ou thématiquement trop défini puisse convenir à un débutant. Mais bon, je parle avec ma propre sensibilité. Il faut surtout suivre ses envies, s’attacher à un monde, à une époque qui nous fascine. En lisant le synopsis ou la présentation du GN, il faut être capable de se projeter. Je crois que la bonne adéquation entre un joueur et un GN, c’est lorsque l’univers proposé par l’association organisatrice interpelle l’imaginaire du futur joueur. Il ne faut pas avoir peur d’y mettre un peu de soi-même.

 

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