Interview de l'auteur des Chroniques d'Ervalon

Publié le par Giom

Bonjour à tous !

Et non, en fait, le blog n'est pas fini. On vous fait la blague régulièrement et puis à chaque fois on a un truc intéressant à vous dire. Alors aujourd'hui, vous allez être gâté : voici l'interview de David BRY, l'auteur des Chroniques d'Ervalon, roman dont on parle dans notre dernier numéro, et dans l'univers duquel nous devrions prochainement publier des scénarios.


Si Chtark Magreer et Ionis Torde était des persos de DD, ils seraient de quelle classe ?

Fastoche :). Chtark un guerrier, Ionis un magicien.

 

 

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je suis très sensible aux musiques, aux images et aux dessins. Une phrase extraite d’une chanson peut déclencher tout une histoire chez moi. De la même manière, lorsque je visite certains endroits, j’en viens tout de suite à imaginer qui a pu y vivre, comment, dans quelles conditions. Le château de Bouillon en Belgique, par exemple, m’a fait une très forte impression. En parcourant ses couloirs sombres et humides, je me suis tout de suite mis à imaginer comment cela pouvait être des siècles auparavant, qui avait pu y vivre, s’il aurait été possible de prendre la forteresse – par les armes ? la trahison ? –, comment pouvaient être les personnes qui régnaient sur ces terres, etc. Il y a les paysages aussi. Par exemple, un peu de brouillard, avec à peine quelques toits qui en sortent, et tout de suite j’ai l’esprit qui vagabonde. Qu’y  a-t-il derrière. Une forêt ? Une ruine ? Et c’est parti pour cinq, dix minutes, pendant lesquelles je refais le monde, celui qui est derrière une nappe de brouillard :).

Tous ces petits instants de rêverie, je les réutilise ensuite, pour construire mes histoires, mes personnages. Par exemple, Iselde Harken, même si je l’ai faite évoluer depuis, est née d'une chanson d'Alanis Morrissette et d'une illustration de jeu de rôle. La vallée sacrée d’Athinrye, que l’on découvre dans « Les Seigneurs d’Ervalon », vient elle d’une chanson traditionnelle irlandaise et d’un poème de Yeats, le tout passé et transformé par le filtre de mon imagination.

 

 

Comment votre projet est-il né ?

Au début, il s’agissait d’une simple campagne de jeu de rôle. J‘avais imaginé un monde assez dépouillé, fait de plaines herbeuses désertes, de montagnes inhospitalières, de guerriers silencieux et de villages recroquevillés sur eux-mêmes. Un mélange d’Irlande, de Bretagne, le tout passé au travers d’un certain imaginaire celtique. Avelden était né. J’y ai installé les personnages joueurs, embarqués dès le début dans un monde qu’ils ne connaissaient pas (et c’était voulu), au milieu d’évènements qui mélangeaient à la fois d’anciennes légendes, et de sombres complots. Le tout allait profondément sortir leurs terres de la douce torpeur dans laquelle elles se trouvaient depuis des siècles. Au fur et à mesure que les parties avançaient, quelque chose a pris. Quoi, je ne saurai pas le dire. Les personnages se sont mis à évoluer dans ce monde vert-de-gris, à s’impliquer d’une manière incroyable. L’histoire avançait, et devenait palpitante, pour les joueurs comme pour moi. Eux découvraient l’histoire, et moi j’étais le petit moteur derrière la machine.

Tout ceci a duré des années. Et puis, enfin, ce fut le dernier scénario, intitulé « La seconde chute d’Ervalon », et  qui avait donné son nom à la campagne. Le rideau était retombé sur une histoire qui avait duré des dizaines, des centaines d’heures de jeu. Mes joueurs, je les avais fait frémir, enrager, pleurer même parfois. Je ne pouvais pas terminer comme ça. Avant de travailler sur la suite de la chronique, j’ai donc décidé de tout réécrire, tout ce qu’ils avaient vécu pendant ces années de jeu, c’est à dire l’ensemble des scénarios, avec tout ce qu’ils avaient pu, eux, apporter. Cela m’a pris une année entière de travail acharné. A la fin, j’en ai sorti 900 pages. Et je leur ai offert, sous la forme d’un livre relié, un soir d’octobre. Ca a été un drôle de moment. On étais tous émus de voir ainsi une représentation concrète de ces années de jeu, de toutes ces soirées passées ensemble.

Suite à cela, j’ai envoyé le texte à trois maisons d’éditions. Mnemos m’a répondu favorablement. A mon grand, grand plaisir, les chroniques d’Ervalon allaient pouvoir, peut-être, toucher d’autres personnes que ceux qui les avaient vécues, et ceux de nos amis qui les avaient déjà lues.

 

 

Quel type de joueur êtes vous ? Quels sont les jeux et les univers que vous affectionnez particulièrement ?

Je n’ai pas joué depuis … quelques années maintenant ! Je me contente d’être Meneur de Jeu, ce qui me convient parfaitement. Mais j’ai des souvenirs mémorables de quelques uns de mes personnages. Je me souviens du premier que j’ai fait (il y a presque 20 ans de cela !). C’était à ADD, s’appelait Evrem Anashta, un elfe guerrier-magicien. Des innombrables personnages que j’ai pu créer ensuite, je retiendrais Franck, un vampire Tremere à moitié dingue, qui a fini tué par les siens pour diableries répétées, Caliban, un shaman écologiste à Shadowrun, et un serviteur du Démon de l’Humour Noir à In Nomine Satanis, dont je ne me souviens plus le nom, mais qui a quant à lui fini sa vie jeté dans le vide par ses compagnons, qui n’en pouvaient plus de ses blagues stupides. Tous ces personnages avaient beau être très différents, ils avaient tous un point commun : ils étaient indépendants et touche-à-tout. Par contre, je n’ai jamais été attiré par les voleurs, les pièges et les serrures, ce n’est pas mon truc (pardon à tous les voleurs qui me lisent).

Durant toutes ces années de rôlisme, j’ai pratiqué beaucoup de jeux : ADD, Rolemaster/HARP, Vampire, In Nomine Satanis, etc. J’avoue avoir une préférence pour les mondes médiévaux même si, avec le temps, je commence à m’intéresser aux univers futuristes. Je suis par contre hermétique aux jeux qui se situent dans une période contemporaine, en dehors de Vampire, qui a quand même fini par me lasser. Pour terminer sur les jeux, je dirai que plus le temps passe, plus j’ai envie de règles simples ! Les allers-retours entre les bouquins de règles et les fiches de personnages sont lassants, et cassent le rythme des parties ou des combats. Le monde du jeu de rôle s’ouvre à des néophytes, et je crois qu’il faut accompagner cela par des jeux aux règles simples,  claires, et qui ne s’oublient pas entre deux parties.

 

 

Jeu de Rôle et littérature : quelles sont les convergences ?

Il y a un imaginaire commun très fort entre les deux : de nombreux joueurs ont lu les mêmes ouvrages, ou des ouvrages traitant des mêmes sujets. Pour ne parler que du médiéval fantastique, les références que nous partageons tous sont nombreuses : Gandalf, Conan le Barbare, ou encore toutes ces créatures telles que les fées, les elfes et les trolls. Le jeu de rôle nous fait voyager dans cet imaginaire commun. On revit les aventures de nos héros, on parcourt à nouveau les routes du Gondor, nous battons contre les Orcs, ou bien endossons la peau d’un Elfe ou d’un Hobbit, l’histoire d’un soir. Le jeu de rôle doit beaucoup à cette littérature de l’imaginaire, qui va des contes de notre enfance jusqu’aux dernières parutions, et qui nous a offert, je crois, une sorte de « monde imaginaire » commun. Tout ceci entraine d’ailleurs certaines difficultés à faire venir les néophytes vers les jeux de rôles basés sur ces mondes médiévaux fantastiques. Mais, pour l’avoir vécu, après quelques explications (et quelques conseils de lecture ;), même les plus cartésiens finissent par comprendre la différence fondamentale entre un Elfe et un Nain :).

Un autre point que j’aimerais souligner est la faculté d’imaginer, nécessaire au jeu de rôle comme à la littérature. Lire un roman, ce n’est pas juste suivre les lignes les unes après les autres. C’est entrer dans un monde nouveau, et, à partir de ce qu’on nous en raconte, le visualiser et, dans un sens, se l’approprier. Le jeu de rôle n’est pas différent. Le monde y est conté, et chaque joueur ensuite le visualise, chacun à sa manière. Ce que le jeu de rôle permet, et que ne permet pas la littérature, est la possibilité de changer l’histoire. Et c’est ça qui fait toute la richesse de ces jeux.

 

 

Seriez vous prêt a nous dévoiler un secret caché concernant Ervalon?

Oui. Et même deux :).

Les évènements qui secouent Ervalon ne laissent pas les royaumes voisins indifférents. Dans l’ombre, ce qu’il reste du Conseil des Sept Royaumes veille, et pourrait bien être tenté d’intervenir à un moment ou à un autre. Le second concerne l’un des personnages : Ionis. L’attention que lui porte le Cercle d’Yslor n’est pas si désintéressée que cela. L’Archimage Valodel en connaît bien plus sur le passé du jeune apprenti qu’il ne veut bien le laisser croire …

 

 

Quelle est votre actualité ? Sur quels projets travaillez vous en ce moment ?

Côté jeux de rôles, nous terminons actuellement la seconde campagne des chroniques d’Ervalon, intitulée « L’Héritier d’Ervalon ». Celle-ci a eu son lot de surprises … et surtout des mauvaises je dois dire. Les personnages ont été malmenés, trahis, défaits, et ont découvert, pour certains, des secrets qu’ils auraient sans doute préféré ne jamais connaître. Cette campagne a été plus dure, plus sombre que la première. Les personnages se sont posé beaucoup de questions, sur leurs valeurs, la solidité des liens qui les unissent les uns aux autres, et sur les sacrifices et les concessions qu’ils sont prêts à faire … ou pas.

De mon côté, je suis en train de terminer la ré-écriture du premier des trois volumes de l’héritier, et commence doucement à préparer la troisième et dernière campagne : « Le Destin d’Ervalon ». Celle-ci sera la conclusion de tout ce que j’ai mis en place pendant les deux premières campagnes.

 

 

Connaissez-vous déjà la fin du cycle 3 ?

Oui ! Depuis longtemps même. J'essaie depuis quelques années maintenant d'amener vers cette fin les personnages de l'histoire d'Ervalon. C'est comme un cap, une direction que je garde. Avant d'y arriver, Chtark, Ionis, Aurianne et leurs amis vont encore devoir surmonter de nombreuses épreuves, et vivre de nombreuses batailles. Et je ne suis pas certain que tous y survivent.

Publié dans Critiques culture

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