Royaume désuni

Publié le par Jeu de Rôle magazine

Une fiche de lecture par un des nouveaux contributeurs de ce blog.

Un lien vers la fiche du livre:
http://www.bragelonne.fr/livre.php?num_isbn=9782352941552

et je laisse la parole à Johan.




Je viens donc de terminer de lire Royaume Désuni de James Lovegrove. Soit. Autant le dire tout de suite, je suis déçu. Non pas par la traduction, qui est, il me semble, à la hauteur de l'auteur. D'autant plus que certains passages font appel à notre connaissance de la culture populaire anglaise et que faire passer ces références en Français est délicat. Non, je suis déçu car ce roman laisse un goût un peu fade sur la bouche, celui d'un repas auquel il manquerait un plat pour être parfait.

L'histoire en elle-même n'est pas original et ce n'est pas un problème, l'originalité narrative est grossièrement surestimé ces temps-ci. Le thème du road-movie post-apocalyptique a déjà été vu chez d'autres auteurs, il permet de jeter un regard lucide sur nos contemporains enfin débarrassés des mensonges de la société. C'est ainsi qu'on découvre Fen Morris, un petit instituteur d'une ville de province dans une Angleterre ressemblant furieusement à la Serbie au lendemain de la guerre. Son voyage le confronte à des individualités ou des communautés repliées sur elle-même mais affichant au grand jour tous ces petits travers qui rend l'humanité insupportable. De son côté, Moira, la femme enlevée de Fen, prisonnière d'une ville de Londres devenue un champ de bataille entre gangs, essaye de survivre tant bien que mal.

Malheureusement, et pour paraphraser Voltaire, une fois le livre fermé j'eus une furieuse envie de me jeter à quatre pattes au sol. La rhétorique de Lovegrove semble se limiter à faire le procès d'une époque dont il ne voit que les défauts, qui n'en sont pas tous comme en témoigne sa vision limitée de la société de consommation, et des rapports humains toujours ramenés à l'éternelle question nombriliste de "qui suis-je ?". Le déballage final de Moira à Craig sonne à ce titre particulièrement faux. On sent que l'auteur a mis en place une situation artificielle justifiant ainsi la position de Moira.

En ce qui concerne l'exotisme d'une Angleterre dévastée, le manque de finition est ici très clair. Lovegrove attire son lecteur sur ce qui lui semble important, le voyage initiatique de Fen et les déboires personnels de Moira, et ne dresse donc pas un tableau complet du contexte. Tout au plus, se contente-t-il de poser des scènes qui lui permettent d'illustrer sa vision de l'humanité, forcément pessimiste même si l'histoire finie bien. Je pourrais saluer cette décision mais à nouveau, le propos est tellement convenu que l'ensemble paraît faux.

Alors tout n'est pas noir, bien sûr, Lovegrove a une écriture claire et un sens de la mise en scène qui fait qu'à aucun moment le récit ne piétine. Mais il se cantonne à un message convenu, celui d'un Barjavel dans Ravage et de tant d'autres, qui non seulement est fragilisé par le manque de contexte mais qui en plus est critiquable à plus d'un titre. Comme si vivre à l'âge de pierre permettrait à l'homme de mieux profiter de la vie.

Pour ceux qui seraient intéressés, le livre se prête bien à une adaptation à Cendres, les communautés présentées rentrent bien dans le moule quelque peu décalé du jeu, notamment les Saltérites, et la fragilité du contexte est ici un avantage car il peut être modifié sans changer l'ensemble de l'œuvre. D'un autre côté, et avec un minimum d'ajout, la situation de Londres peut facilement être adaptée à Vermine, les gangs devenant des communautés survivalistes et le conseil déliquescent ce qui reste des humanistes de la cité. Ces deux jeux sont les premiers à me venir à l'esprit mais on peut aussi chercher dans les grands anciens comme Bitume, bref il y a de quoi faire.


Publié dans Critiques culture

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